Chrystel Mukeba

L E S   I N S T A N T S    IN   P R O G R E S S 

Elle est partie, comme cela, aussi dure que soit la manière, aussi triste que soit l'instant.

Elle a décidé que c'était le bon moment. Comme si elle avait senti ce qui allait se préparer et qu'elle voulait nous épargner pour tout ce qui allait suivre.

Très vite s'en est suivi l'angoisse. La panique incessante sur le tout et le rien. Le vide laissé par son absence, et puis, mon obsession pour la mort. 

La peur de la perte, grandissante et oppressante.
Tout cela prenait de la place un peu plus chaque jour.

Cet étrange mal être était entrain de me ronger.
Quelque chose n'allait pas, je sentais que je perdais pied.

Perdre un proche est quelque chose qui bouleverse. Cela revoit toute vos certitudes.
Vos perspectives sont chamboulées. Vous n'êtes plus sûr de rien, vous doutez de tout.
Vous remettez tout en question. 

L'absence a quelque chose d'intolérable. Combien de mots compatissants sur le temps et la douleur qui finiront par s'estomper. Intérieurement ce genre de phrase est insupportable.

Les souvenirs deviennent flous, on avance tel un automate parce qu'il faut le faire et qu'il n'y a pas d'autre choix.

Et puis un jour,  on se rend compte qu'une année entière est passée, et que oui la douleur est moins présente.
On arrive à y penser sans trop de casse. 

A cet instant on comprend que l'on commence doucement à se réparer. 

Il m'a fallu une année pour accepter qu'elle soit partie. 

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Cette série d'image à comme point de départ cet événement.

J'ai photographié ma grand-mère quelques heures après sa mort. Je ne sais pas ce qui m'a poussé à le faire je sentais juste que je devais.

Peut-être pour boucler une boucle.

Elle était étendue dans cette pièce froide, des fleurs déposées dans un coin.
Je lui ai pris la main. Elle semblait juste endormie. Ce qui m'a troublé. 

De manière tellement crédule, j'ai ajusté son châle pensant qu'elle allait attraper froid, j'ai souri, c'était stupide. 

Je l'ai regardée un long moment comme pour essayer d'imprimer son visage le plus longtemps possible.

Puis dire adieu,

Quitter ce couloir, cet hôpital et tourner une page.  

J'ai photographié pour ne pas oublier la vie et la mort qui s'entremêlent. Toutes ces émotions à vifs souvent impalpables, ces silences, cette trace de ce que nous sommes. 

Photographier ces instants qui nous rappelle que nous respirons, aimons et tentons de donner un sens à notre existence. 

J'ai photographié comme je l'ai toujours fait, peut-être égoïstement pour soulager la douleur. 

La vie se termine par un point. 

L E S   I N S T A N T S , travail réalisé entre Août 2019 et Octobre 2020.

Book with Arp Editions (2022) 

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